Öko.neT: De notre point de vue, les brevets vont étouffer le développement et laisser les utilisateurs en rade avec des solutions de second ordre.
Toni Müller et Imke Brandt sont propriétaires d'Öko.neT, une petite ISP - Internet Service Provider (fournisseur d'accès internet) et société de Conseil basée à Wiehl, Allemagne. L'entreprise se spécialise dans les solutions personnalisées dans le secteur des TI et des communications, axées sur la sécurité internet, les applications web et le logiciel libre. L'entreprise cible les utilisateurs des sociétés de 20 à 2000 employés et les services publics. Ensembles, ils sont aussi propriétaires d'une marque déposée enregistrée en Allemagne.
Toni Müller
PDG de Öko.neT
En tant qu'entreprise qui tient sa fierté de nos compétences techniques d'ingénieurs, notre travail quotidien est déjà comblé par des tâches techniques comme celle de corriger les systèmes ou les logiciels des autres, de développer du logiciel nous-mêmes et d'autres tâches du même genre. Puisque nous avons toujours été fortement impliqués dans le monde du logiciel libre, nous avons eu très tôt l'occasion de goûter aux problèmes des brevets qui imposaient une incompatibilité entre des applications susceptibles de coopérer.
Deux des premiers exemples furent RSA et IDEA qui ont considérablement entravé l'adoption du chiffrage sécurisé sous la forme PGP - Pretty Good Privacy, autour du monde parce que le logiciel propriétaire ne s'était pas vraiment intéressé au sujet et que le logiciel libre n'avait pas le droit d'utiliser ces algorithmes.
Le logiciel libre augmente la gamme des choix de l'utilisateur. Car ses développeurs ne sont pas intéressés par le fait de lier les utilisateurs à leurs produits, et ont une vue différente du travail en commun et du partage de la connaissance (voir plus loin); ils respectent souvent mieux les normes que les entreprises qui doivent gagner de l'argent pour leurs employés mais aussi pour les brevets, et qui tentent alors de forcer leur clientèle à n'utiliser que leurs produits pour éviter l'incompatibilité des données.
Pour nous, le fait d'enregistrer la marque déposée sus-citée était un problème important qui s'est également avéré être un lourd fardeau financier sans retour sur investisssement immédiat. Nous ne voudrions même pas imaginer devoir payer une violation de brevet - réelle ou réclamée - ou des demandes de brevet bien plus onéreuses que l'enregistrement d'une marque déposée. Au lieu de concourir sur la base de comptes bancaires préexistants et de la puissance accumulée, nous voudrions continuer à concourir sur la base du mérite technologique et la délivrance de solutions utiles à nos clients, et sur la satisfaction du client en général.
A l'université, nous avons appris que le logiciel libre et ses méthodes de partage des connaissances changeait la façon d'apprendre, de développer et de travailler ensembles.
Nous sommes certes "atteints" par ce style académique classique de compétition et de coopération qui se prolonge dans la vraie vie du monde du logiciel libre, où l'échange des idées - par exemple lors des conférences - et la coopération font avancer le domaine tout entier.
Les effets sont au moins comparables sinon supérieurs, au but déclaré mais jamais satisfait des publications des demandes de brevet et sont, à notre avis, l'une des raisons principales du développement rapide du logiciel de ces dernières années - où l'avènement du logiciel libre a atténué ce qui a été convenu comme "la crise du logiciel" du début des années 80. De notre point de vue, les brevets vont étouffer ce développement, et laisser les utilisateurs en rade avec des solutions de second ordre, incapables de se procurer la meilleure qualité ou la plus avançée parce qu'ils ne pourront pas payer la forte augmentation dûe à la taxe de brevet.
